Chang'e Et la Lune
Mise en scène : Emma Varichon et Sarah Zaher
par Le Manège des Fous
Les Cours Acquaviva – Ateliers du Sudden
Date : Mercredi 26 novembre 2025
Horaires : 18h - 19h20
Lieu : Espace Pierre Reverdy
Durée : 1h20
Discipline : Théâtre
© Emma Varichon
Écriture et mise en scène : Clara Saadoun
Mise en scène : Emma Varichon et Sarah Zaher
Avec : Emma Varichon, Clara Saadoun, Gabriel Bizi, Baudouin Sama
Musique live : Vincent Geoffroy
La déesse Chang’e est coincée sur Terre. De la fenêtre de son palais, elle regarde la Lune, sa maison. Ici le temps fait mal et les Hommes sont sans pitié. Alors un jour, Chang’e pousse la porte et part, laissant derrière elle son mari Houyi, le dieu archer. Mais le chemin vers la Lune est dangereux et semé d’embûches. Chang’e arrivera-t-elle à retourner sur la lune ?
Cette réécriture du mythe ancestral chinois de Chang’e et la Lune, qui date de 300 avant Jésus-Christ, plonge le spectateur dans une odyssée fantastique mêlant musique live, danse, chant et mapping vidéo.
Ce conte est criant de modernité, dans un monde où le rapport au temps est une obsession et où tous les moyens sont mis en œuvre pour « gagner » du temps. Plus nous économisons notre temps, plus nous avons la sensation d’en manquer.
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Entretien
Nous avons rencontré Emma Varichon, co-metteuse en scène de la pièce Chang'e et La Lune. Nous nous sommes intéressées au processus de création de la pièce ainsi qu'aux grands thèmes abordés dans l'œuvre. La compagnie Le Manège des Fous soulève des questions sociétales et contemporaines à travers la réécriture d'un mythe ancestral chinois.
« Si tu regardes la Lune, tu peux voir Chang'e »
Comment avez-vous découvert le conte Chang'e et la Lune, et comment l'avez-vous appréhendé pour la première fois ?
Clara Saadoun, écrivaine et co-metteuse en scène de la pièce, a été très touchée par cette histoire. Le temps qui passe est quelque chose qui la terrorise. C'est un thème très féminin parce qu'on subit la pression de l'horloge biologique. En fait, on ne vit pas le temps de la même manière selon qu'on est un homme ou une femme.
On s'est rendu compte que ce mythe, très ancien et souvent réinterprété, offrait une grande liberté : on pouvait choisir les éléments qui nous parlaient. C'est un univers fantastique, un empire sans frontières précises, donc propice à l'imaginaire. Comme on aime travailler le jeu corporel, création de créatures, de voix, de personnages, ce mythe collait parfaitement à notre manière de faire du théâtre.
Comment avez-vous fait le lien entre le mythe et notre société contemporaine ?
On a voulu traiter plusieurs axes. D'abord, un axe féministe : Chang'e est un personnage féminin qui cherche à s'émanciper d'une mainmise masculine. Ensuite, il y a un axe écologique. L'empereur Yao vole les pêches d'immortalité de la déesse pour les cultiver sur Terre. Mais une fois descendues, ces pêches perdent leur pouvoir. Pour tenter de les recréer, il détruit la Terre.
Ces deux thèmes, féminisme et écologie, se rejoignent dans la critique du contrôle et de la domination. On parle aussi du travail : la scène des fourmis évoque comment l'environnement professionnel déforme notre rapport au temps, comment on se fait déposséder de notre temps, comme Chang'e.
De quelles façons avez-vous intégré différents supports artistiques dans la pièce ?
Comme on raconte un conte, il fallait faire voyager le public dans un autre espace-temps. On avait peu de budget, donc on a réfléchi à nos moyens.
Le musicien live s'est imposé très tôt. Il donnait le rythme des scènes et incarnait le tempo du spectacle. On traverse des univers très variés : la mafia des oiseaux, la jungle avec des dragons techno, une usine, des pirates… Le musicien nous aide à voyager à travers tout ça.
Ensuite, il y a le videomapping. Les projections nous permettent de créer des décors immédiatement, sans changements matériels, et de segmenter l'histoire en chapitres visuels. Elles installent aussi une ambiance, un état d'esprit.
Enfin, les costumes, c'est notre plus gros poste de budget. C'est ce qui fait voyager immédiatement le spectateur. Notre costumière, Max Rapetti-Mauss, a créé un univers visuel fort, cohérent, qui donne à Chang'e et la Lune une vraie identité.
Le rapport au temps est central, dans le mythe comme dans votre spectacle. Comment l'avez-vous abordé ?
On ne cherche pas à soutenir une thèse sur le temps, mais à montrer différentes manières de le vivre. Chang'e le subit, Houyi l'accepte, l'empereur veut le maîtriser, les fourmis le perdent au travail, et Xiwangmu entretient un rapport beaucoup plus sain avec le temps qui passe.
Le personnage de Chang'e incarne des thèmes forts de liberté et d'émancipation féminine, comment est-ce retransmis dans le spectacle ?
Ce qui est intéressant, c'est qu'elle est à la fois libre et prisonnière de sa propre idée de la liberté. Au début, elle est contrainte par les hommes : l'empereur, son mari. Puis elle s'affirme, s'émancipe, devient indépendante. Mais plus elle avance, plus elle s'enferme dans son obsession de remonter sur la Lune. Elle veut être libre à tout prix, sans savoir si cette liberté la rendra heureuse. C'est un personnage fort, qui se bat pour exister dans un monde d'hommes. Elle devient une figure d'émancipation, mais cette indépendance a un prix.
Propos recueillis par Marie-Lou Claude et Lila Dekkar, étudiantes en Master MCEI (Médiation Culturelle et Interculturelle).
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