DÉSOBÉIR ou Éducation européenne

Mise en scène : Eulalie Uguen

Adaptation de Romain Gary
par la Compagnie Jamais Je Mens
École normale supérieure, Université Sorbonne Nouvelle

Date : Mardi 25 novembre 2025
Horaires : 20h30 - 22h
Lieu : Théâtre Bernard-Marie Koltès
Durée : 1h30
Discipline : Théâtre

DÉSOBÉIR ou Éducation européenne

© the toasted butterfly

Adaptation de Éducation européenne de Romain Gary (Éditions Gallimard)

Mise en scène : Eulalie Uguen
Avec : Léna Adler, Hyppolite Chénot, Lou Delpech, Elio Gaudé, Marie-des-fleurs Lanneau, Gabriel Peryache, Matteo Riou, Rose Vergez
Scénographie et régie lumière : Baptiste Chane-Sam
Régie son : Dimitri Berger

Dans cette adaptation théâtrale du roman de Romain Gary, Éducation européenne, nous suivons l’histoire du jeune Janek, qui intègre un groupe de résistant·es caché·es dans la forêt. En plongeant dans la vie communautaire de cette cachette, il est confronté aux multiples sacrifices et difficultés que le combat des résistant·es implique.

En supprimant tous les éléments contextuels informatifs, la trajectoire de Janek et des résistant·es qui l’entourent se fait le signe de l’insurrection inter-générationelle de la jeunesse. C’est une pièce qui parle de la résistance contre une forme de fascisme qui n’est pas nommée, afin de souligner la dimension universelle de ce combat. En ouvrant ainsi la liberté de réception de cette histoire, nous souhaitons lui donner une puissance politique contemporaine.

Suivez l’actualité de la compagnie sur Instagram : @jamaisjemens

Entretien

Qu'est-ce qui vous a donné envie d'adapter Éducation européenne de Romain Gary ?

Cette envie est née d'abord de la forme même du roman, riche en dialogues et proches du théâtre. La thématique de la résistance a aussi séduit la troupe, qui a choisi de l'ancrer dans le présent en donnant aux personnages l'âge et le genre des comédien·nes. Le projet, initié vers 2022-2023, a coïncidé avec le début de la guerre en Ukraine, ce qui a confirmé l'intérêt pour ce texte abordant la guerre et la résistance. Comme le résume la citation de Cyril Dion : peut-être qu'il n'est plus temps de se demander de quel côté de l'Histoire nous aurions été à l'époque, mais de quel côté de l'Histoire nous voulons être aujourd'hui.

Pourquoi avoir choisi de supprimer les repères géographiques et chronologiques de l'histoire ?

Ces repères ont été supprimés pour ne pas ancrer le récit dans un conflit précis et permettre une lecture plus ouverte de la résistance. La troupe voulait montrer le caractère intergénérationnel et universel de la guerre. Ce choix a un impact sur le travail des comédiens en complexifiant le travail de dramaturgie et met l'accent sur l'espace scénique de la cachette, symbole du refuge et de la résistance.

Quelle vision de la résistance et de la désobéissance souhaitez-vous transmettre au public d'aujourd'hui ?

La troupe cherche à dépoétiser la résistance pour la ramener à une dimension humaine et quotidienne. Il ne s'agit plus d'héroïsme, mais d'éveil collectif et de questionnement individuel. Le spectacle met en avant des figures ordinaires pour montrer que chacun peut résister à son échelle ; c'est la résistance comme attitude face au monde, présente dans les choix et les actions du quotidien. Loin du mythe du grand résistant, il s'agit de valoriser la diversité des parcours et des formes d'engagement.

Pourquoi avoir choisi de confier ces rôles à de jeunes adultes ?

Le projet étant né d'un groupe de jeunes comédien·nes, il leur paraissait naturel d'interpréter des personnages proches de leur âge. Mais ce choix est aussi symbolique : la jeunesse incarne l'énergie, la croyance en un futur meilleur et la capacité à se mobiliser ensemble.

Pour la troupe, la jeunesse a toujours été une force de transformation et d'espoir. Même sans revendiquer une résistance active, les jeunes portent une forme de foi collective et d'envie d'agir qui font d'eux les acteurs naturels du changement.

Le spectacle repose sur la présence continue des comédien·nes sur scène. Qu'est-ce que cela modifie dans votre rapport au jeu et au public ?

Être présent en continu sur scène représente un véritable défi pour les comédien·nes. Tous les membres de la troupe doivent rester concentrés et attentifs à chaque détail, même dans les scènes mineures, sans jamais écraser l'histoire ni les autres personnages. Cela demande de savoir « jouer sans jouer », incarner par exemple l'attente ou l'ennui, tout en maintenant la tension pour que chaque action, même silencieuse, ait un sens.

Cette exigence technique doit permettre de favoriser une immersion totale dans les personnages et de créer une véritable dynamique de choralité sur scène.

Vous avez créé ce spectacle collectivement. Mais à titre personnel, comment avez-vous vécu cette expérience ?

« La pièce est née de la compagnie, mais la compagnie est née de la pièce » : voilà une phrase qui résume cette expérience.

La création de cette pièce a permis aux membres de la compagnie de tirer de chacun le meilleur comme le moins bon de leurs expériences pour enrichir leur travail et les faire grandir en tant que comédien·nes.

La naissance de la compagnie, sur le plan humain, a créé une solidarité, et aujourd'hui, ils ont la volonté d'évoluer professionnellement ensemble. Travailler à dix, ça s'apprend, et cela leur permet de gérer leurs émotions et leurs pensées, tout en communiquant au mieux.

Propos recueillis par Aïcha Ndiongue et Aude Allegret, étudiantes en Master MCEI (Médiation Culturelle et Interculturelle).

> Si vous souhaitez en savoir plus sur le spectacle et la compagnie, téléchargez la fiche de salle.