Iphigénie
Mise en scène : Mai Salmon et Zacharie Milhaud
par le Collectif Souffle
Conservatoire du Kremlin-Bicêtre
Date : Jeudi 27 novembre 2025
Horaires : 18h - 19h
Lieu : Espace Pierre Reverdy
Durée : 1h
Discipline : Théâtre
© Mai Salmon
Adaptation d’Iphigénie par Tiago Rodrigues, traduction Thomas Resendes (Éditions Les Solitaires Intempestifs)
Mise en scène : Mai Salmon et Zacharie Milhaud
Avec : Adriana Morbiducci, Constance Gonin, Noha Kandji, Virgil Benoist, Mai Salmon et Zacharie Milhaud.
Au début, le jour se lève.
Il n’y a pas de vent.
Nous sommes là, dans la baie d’Aulis.
Il n’y a pas de vent, les navires grecs ne peuvent donc pas partir pour la guerre, à Troie.
Pour que le vent souffle de nouveau, Agamemnon, roi des grecs, doit sacrifier sa fille Iphigénie. Il accepte, et demande à Clytemnestre sa femme d’amener Iphigénie au port. Il leur dit qu’elle va se marier avec Achille, le soldat.
Quand la pièce commence, Agamemnon a changé d’avis. Il ne veut plus sacrifier sa fille. Seulement, c’est trop tard. Iphigénie arrive.
Nous pouvons nous fier à la tragédie : elle finit toujours mal. Iphigénie va mourir. Tout le monde le sait.
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Entretien
Nous avons échangé avec Mai Salmon et Zacharie Milhaud, qui ont travaillé sur la mise en scène d'Iphigénie, ainsi qu'avec les comédien·nes de la pièce Adriana Morbiducci, Constance Gonin et Virgil Benoist. Dans cet entretien, nous revenons sur leurs inspirations ainsi que sur les motivations politiques présentes derrière la relecture d'un mythe au prisme des violences patriarcales.
« Ce n'est pas la mort d'Iphigénie qui est importante, c'est ce qu'elle a à en dire. »
Dans quel contexte avez-vous découvert Iphigénie et pourquoi avez-vous choisi l'adaptation de Tiago Rodrigues ?
Mai : Au début, on réfléchissait à la question de la cité idéale. Nous avons lu plusieurs textes antiques et nous sommes arrivé·es sur la figure d'Iphigénie. Parmi toutes les versions que nous avons lues, celle de Tiago Rodrigues nous a particulièrement plu.
Adriana et Zacharie : On a longtemps discuté sur le sens du sacrifice d'Iphigénie. Le traitement de la figure féminine dans la version de Rodrigues nous a davantage plu car nous entendions réellement sa voix.
Votre pièce est fondée sur une réécriture doublée d'une relecture d'un mythe antique. Pourquoi choisir Iphigénie pour parler du féminicide ?
Mai : Paradoxalement, on avait choisi Iphigénie pour la beauté du mythe du sacrifice d'une femme, ce qui est déjà une question assez importante. C'est en adaptant la pièce que nous nous sommes rendu compte qu'il n'était pas question de sacrifice mais bien de féminicide. Même nous, nous nous étions laissé·es piéger par la romantisation du récit.
De même, vous dites dans votre dossier artistique que vous ne représenterez pas la mort d'Iphigénie, afin que la mort d'une femme ne suscite pas « que terreur et pitié » ? Ce choix relève-t-il d'un refus du fatalisme tragique ?
Mai et Adriana : Chez Rodrigues, Iphigénie choisit la mort, mais nous remettons en question l'idée qu'elle se suicide. On trouve ça faux d'y voir une dernière affirmation de son autonomie alors que sa mort est avant tout causée par un système. Nous ne la représentons pas car ce n'est pas sa mort qui est importante, c'est ce qu'elle a à en dire. À la place de la scène finale initiale, Iphigénie chante Canción Sin Miedo (NDLR : un chant féministe) pour justement dénoncer les féminicides, dénoncer le système patriarcal qui l'a tuée.
Vous accordez dans votre pièce une place active aux spectateurs, dans quel but ?
Zacharie : La figure du chœur, qui nous obsède un peu, permettait au public dans l'Antiquité grecque, d'exister sur scène et de s'interroger. À l'image de cette démarche, nous l'invitons à écouter, à regarder et à se souvenir avec nous.
Mai : Nous nous sommes longtemps interrogé·es sur l'idée d'un spectateur actif. C'est un concept intéressant et en même temps une sorte d'utopie de jeunes personnes faisant du théâtre. Nous travaillons cet entre-deux, entre un spectateur concerné, dont on sollicite la participation durant l'ouverture de la pièce, et un spectateur qui n'est pas là pour jouer, mais pour regarder. Cela permet aussi de rappeler que tout le monde est concerné par les événements qui vont se produire devant eux et qu'ils en sont aussi responsables.
Quel est l'apport de la musique live et du chant sur scène, par rapport à la musique enregistrée ?
Constance, Virgil et Zacharie : Dans notre pièce, il n'y a aucune musique enregistrée. Nous voulons la jouer en live pour qu'elle ne devienne pas accessoire mais qu'elle soit un vrai moyen dramaturgique. Nous sommes interessé·es par les vertus fédératrices de la musique. Nous voulons toucher par le sensible, rassembler au-delà du discours logique. La musique est une invitation à entrer dans notre univers. Elle impose l'écoute, crée une sorte de tension et de concentration qui nous lancent directement dans la pièce. Si on perd le rythme, tout se brise. Elle nous met dans un état de jeu dans lequel il serait plus difficile d'entrer, sans musique. Elle nous permet d'aller là où les mots s'arrêtent.
Alors qu'on parle souvent du rôle central de la mémoire dans notre société, vous allez à contre-courant de cette idée. En quoi la mémoire serait-elle intrinsèquement défaillante ? Et si oui, que reste-t-il ?
Mai et Zacharie : Nous nous interrogeons sur la bonne manière de se souvenir. Est-ce que les livres d'histoire suffisent ? Non. Il faut changer quelque chose dans notre manière d'agir pour être en accord avec nos principes pour aboutir à un réel changement.
Adriana : À la fin de la pièce, Iphigénie se rend compte que malgré le fait que tous les personnages de la pièce se souviennent ensemble, la fin sera la même. Ceux qui la défendaient se sont rendus complices de son féminicide. Comment peut-on forcer les gens à ouvrir les yeux ? En leur exhibant les faits et en cherchant une issue à cet éternel recommencement.
Propos recueillis par Alyssa Gau, Alix Bousquet et Constantin Alliot, étudiant·es en Master MCEI (Médiation Culturelle et Interculturelle).
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