S’Asseoir
Mise en scène : Milane Lagrange Masserot
par la Compagnie du Soleil Rouge
Université de Montpellier Paul-Valéry
Date : Jeudi 27 novembre 2025
Horaires : 20h30 - 21h30
Lieu : Théâtre Bernard-Marie Koltès
Durée : 1h
Discipline : Dance-théâtre, Jazz
© Taha Morsli et Yann Henri Heissler
Texte et mise en scène : Milane Lagrange Masserot,
en collaboration avec Anouk Ben Kemoun
Avec : Anouk Ben Kemoun, Malo Brielles, Jonas Charles, Felix Coutan, Axel Deilhes, Ambre Morlot, Marie Payan et Kostia Tourjanski-Goffi
Dramaturgie : Malo Brielles
Composition musicale : Jonas Charles
Régie lumière : Pierre Zarate
Prends 1h à la terrasse d’un café avec un serveur, un batteur et une dizaine de clients. Prends une chaise. Je t’en prie. Assois-toi.
Regarde, les passants défilent à une allure infinie.
Comment s'arrêter ? Comment arrêter le temps ? Comment cesser la course ? Comment s’asseoir ? Quand tu t’assois, tu entrecroises tes jambes comment toi ? La droite sur la gauche ou la gauche sur la droite ?
Les passants s’animent, les passants s’aiment, les passants boivent, les passants se détestent, les passants dansent et les passants s’enlacent. Les passants ne font que passer.
C’est juste 1h à la terrasse d’un café avec la fougue, la misère et la poésie quotidienne des clients qui osent boire à la tendresse à petite gorgée. Le corps dansé et le jeu théâtral s’entremêlent en percussions pour servir du spectacle, le tout dans l’odeur chaleureuse d’un café quotidien.
Suivez l’actualité de la compagnie sur Instagram : @compagniedusoleilrouge
Entretien
Comment est né le projet « S'asseoir » ?
Milane : Anouk et moi faisions nos études de théâtre à Bordeaux. On a compris qu'on avait énormément d'aspirations artistiques communes. À l'époque, j'étais serveuse dans un café où Anouk me retrouvait. C'est là qu'est née l'idée de créer un spectacle qui se passe vraiment à la terrasse d'un café parce que c'est un lieu magnifique où beaucoup d'histoires se déroulent en même temps. D'une table à l'autre, les histoires se multiplient.
Anouk : Pour l'écriture, nous nous sommes mises d'accord sur un mot, une contrainte et c'était « s'asseoir ». Tout est parti d'une interrogation : « qu'est-ce qui fait qu'on s'assoit à la terrasse d'un café ? ».
En quoi vous-êtes-vous inspirées de Maguy Marin et de Pina Bausch ?
Milane : J'ai découvert Maguy Marin au lycée. J'ai vu son spectacle Maybe où elle s'inspire de l'univers de Samuel Beckett, notamment la question de l'absurde et l'importance accordée à l'attente. Cette question de l'attente a été centrale dans la création de S'asseoir : quand on s'assoit et qu'on attend quelqu'un, qu'on attend son café ou qu'on attend simplement qu'il se passe quelque chose. À l'occasion d'un stage chez Maguy Marin, j'ai d'ailleurs pu voir le travail de Maybe en répétition. Sa méthode nous a beaucoup inspirées sur la question du lien entre l'individu et le groupe.
Chez Pina Bausch, le corps dégage une forme de grâce et de brutalité. Elle s'appuie largement sur l'improvisation, ce qu'on fait aussi pendant le spectacle. L'alliance des arts, du théâtre, de la danse et de la musique crée une dynamique qui nous oblige à nous écouter les uns les autres. On travaille à partir de partitions, ce qu'est un procédé utilisé dans beaucoup de formes de création. Mais dans notre cas, c'est une partition qui trouve son origine dans l'interprète : tout part de leur manière de jouer. Le texte est la seule chose qui ne vient pas des interprètes puisque c'est moi qui l'ai écrit. En revanche, le reste naît de leur manière de jouer. La corporalité de chacun est la base de la construction de notre travail.
Vous proposez une réflexion autour du langage. Vous vous êtes demandé comment communiquer avec autrui quand on n'a pas le même langage, pourquoi cette question ?
Milane : Ce qui m'intéresse, c'est toute la créativité qu'il est possible de mobiliser pour essayer de se relier à l'autre. Cela passe par différents moyens, différentes émotions, on instaure une sorte de jeu. Dans S'asseoir, le lien se crée lorsqu'un drame survient. C'est comme si, soudain, quelque chose dérangeait tout le monde et qu'à travers ce trouble, une connexion naissait. Le drame met tout le monde d'accord, un peu comme un ennemi commun.
Anouk : Il faut qu'il y ait quelque chose de grave pour que les choses se révèlent, pour que la parole, la rime, et l'expression des sentiments puissent émerger à travers le drame.
C'est le langage du corps qui émane d'abord de la pièce. Qu'est-ce que vous essayez de transmettre avec ces huit corps ?
Milane : La question pour moi est de savoir comment rendre visibles et concrètes les sensations intérieures. L'enjeu du travail, c'est d'amplifier ce qui, dans le corps, est déjà éloquent en exagérant le geste, en lui donnant une certaine densité. Il s'agit de clarifier une intention sans forcément passer par les mots. Finalement, le corps raconte déjà énormément. Les mots, quand ils surgissent, le font par impulsion, presque par nécessité.
Pourquoi la batterie et la trompette ?
Milane : La batterie est inspirée de Tiago Rodrigues et de sa pièce Dans la mesure du possible. On voulait une présence musicale dans ce café, de la musique live qui ancre le rythme et l'écoute dans le présent. Les percussions permettent d'obtenir une grande variété de sons différents, à la manière des bruits du café, des verres et des assiettes qui s'entrechoquent. Cette énergie rend tout le reste impossible, sauf le jeu. À ce moment-là, il ne reste plus que le corps, la parole ou la musique comme moyens d'expression.
Pour la trompette, on a longuement échangé avec les comédiens qui jouent les frères. On s'est posé beaucoup de questions : qu'est-ce qu'il est possible d'exprimer avec la trompette ? Quel morceau peut porter ce qu'on veut exprimer ? Comment l'intégrer et l'adapter à notre pièce ? On a donc choisi Ce n'est que de l'eau de Pierre Barou. Ce morceau parle avec émotion du lien entre frères, de la tristesse et de la vulnérabilité.
Vous parlez de l'aliénation du métier de serveur, de la violence et de la solitude qui en émanent. Quelle place occupe cette dimension sociale dans votre travail ?
Milane : La question sociale a surgi en cours de création, ce n'était pas une volonté au départ. C'est en réfléchissant au métier de serveuse, en allant moi-même dans des cafés, que j'ai pris conscience de la place qu'occupe le travail, et d'une certaine forme d'aliénation. Je me suis sentie de plus en plus concernée par la situation politique.
En revanche, une question était présente dès le départ : « est-ce qu'on doit servir à quelque chose ? ». Je ne sais pas dans quelle mesure elle est politique, mais elle résonne profondément avec le vécu d'une jeunesse post-confinement. Ce sentiment d'avoir 20 ans, et de devoir bientôt trouver un emploi qui nous donne une place dans le monde.
C'est l'origine de nombreux questionnements : qu'est-ce que j'ai envie de faire ? Est-ce que j'ai envie d'être serveuse ? Est-ce qu'être artiste est un choix égoïste ? Est-ce qu'on ne sert vraiment à rien ?
Je pense que, de toute manière, le verbe « servir », servir quelqu'un et servir à quelque chose, porte en lui cette dimension politique.
Propos recueillis par Othilie Gauchard et Augustin Nedelec, étudiant·es en Master MCEI (Médiation Culturelle et Interculturelle).
> Si vous souhaitez en savoir plus sur le spectacle et la compagnie, téléchargez la fiche de salle.


