Seconde Main
Mise en scène : Léa Siouffi
par la Compagnie Les Mains dans Les Poches
La Volia
Date : Mardi 25 novembre 2025
Horaires : 18h - 19h
Lieu : Espace Pierre Reverdy
Durée : 1h
Discipline : Théâtre
Texte et mise en scène : Léa Siouffi
Avec : Aziliz Busnel et Julien Goyon
Régisseuse : Nedjma Berchiche
Lui est vendeur dans une friperie, Elle rentre pour s’abriter de la pluie.
Il est anxieux, elle dit tout ce qu’elle pense.
Ils sont bloqués ensemble dans le même espace, et pourtant la rencontre n’est pas immédiate.
Au fil de situations absurdes, les deux personnages révèlent leurs failles et leur solitude, mais aussi leur violence.
L’enfermement les amène tantôt à se rapprocher, tantôt à se déchirer.
Seconde Main est un spectacle tout public, drôle et touchant, qui se construit autour de la rencontre entre deux exclu·es. La pièce aborde avec légèreté et humour des thèmes plus sombres : l’isolement, l’anxiété, la violence. En effet, le texte trouve ses racines dans un questionnement sur la monstruosité moderne. À quel moment l’isolement peut faire naître des monstres ? Où naît la violence ? Dans une actualité gangrénée par la peur et le rejet, peut-on encore trouver refuge dans la rencontre ?
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Entretien
Nous avons rencontré Léa Siouffi, metteuse en scène du spectacle. Entre langage déraillé, absurdité, esthétique troublante, la pièce interroge notre rapport à la norme et à la solitude. Dans cet échange, elle revient sur la genèse du projet et ses choix artistiques.
La pièce plonge le spectateur dans un huis clos singulier : quel était votre point de départ ? Pourquoi avoir choisi de faire dérailler le langage et comment avez-vous construit cette tension entre parole et silence ?
Le point de départ, c'est une situation très concrète : on cherchait des bottes pour un spectacle et on est entrés dans une friperie. Le vendeur était assis au milieu d'un tas de vêtements et a dit : « Je reste là parce que je suis pudique ». C'est devenu la première réplique du spectacle.
J'ai eu un coup de cœur pour le dramaturge Harold Pinter, ses personnages coincés, ses pièces absurdes, et cette manière de créer du sens dans une atmosphère où il ne se passe presque rien. Je voulais recréer ce climat et explorer une solitude très quotidienne, qui peut naître de petites choses, de décalages.
Pour moi, le théâtre doit être conflictuel. Ici, l'opposition naît à la fois entre les deux personnages mais aussi entre eux et la société. Un possible lien émerge alors.
Le déraillement du langage vient de là aussi : dans la solitude, on parle pour soi, sans forcément chercher à être intelligible. Au départ, mes brouillons étaient des morceaux de dialogues sans lien où j'ai tissé peu à peu une logique interne.
Les silences ont été essentiels dans cette construction. Ils participent à l'atmosphère de huis clos. Cela crée une forme d'urgence, là où il n'y a pourtant pas d'enjeu apparent. La comédie fonctionne aussi sur ces contre-rythmes : les silences permettent aux moments forts d'exister.
C'est cette tension qui, pour moi, fait naître le théâtre.
Les deux personnages ne sont jamais nommés, ils semblent à la fois très singuliers et universels. Souhaitez-vous que le public s'identifie à eux, ou qu'il les observe à distance ?
Le fait d'avoir choisi des personnages qui n'ont pas vraiment les codes sociaux impose une contrainte énorme. Ils ne peuvent pas avoir de discussions « normales », parce qu'ils échappent aux dialogues préformatés. C'est cette question qui m'intéressait : comment interagit-on si on ne possède pas les codes ? Forcément, il y a des silences, des blancs, des moments où la parole échoue.
Au début, c'est l'échec de la parole pour lui : « je relance, ça ne marche pas ». Les silences deviennent l'atmosphère du huis clos, marquant l'enfermement et la gêne.
Dans l'écriture j'ai adopté une forme de patchwork : des fragments de dialogues sans lien apparent, comme dans la vie quand on saute d'une idée à l'autre. Et cette écriture fragmentée, intérieure, crée des personnages seuls, universels, qu'on observe autant qu'on reconnaît en soi.
Il y a chez ces deux êtres quelque chose de profondément humain, mais aussi d'hors norme. Quel rôle joue l'absurdité des situations et des mots face à ce qui est perçu comme « socialement dérangeant » ?
L'absurdité joue un rôle essentiel dans la pièce : elle permet d'interroger ce qui est perçu comme « socialement dérangeant ». Par le décalage des situations et l'humour, elle permet d'aborder des thèmes graves — la solitude, l'exclusion, la violence — sans chercher à faire la morale au public. Le rire crée une distance qui désamorce la gêne et favorise la réflexion plutôt que le jugement.
Ainsi, l'absurde rend supportable l'étrangeté des personnages et révèle leur humanité à travers leurs comportements hors normes. Ces figures « bizarres » deviennent alors des miroirs de nos propres fragilités, de nos petites marginalités quotidiennes. En atténuant la gravité des actes par le comique, j'essaie de brouiller la frontière de ce qui peut être considéré comme « normal ».
Les costumes participent également à cette étrangeté : trop petits, trop grands, jamais ajustés. Quelle a été votre approche pour leur conception ?
Les costumes sont un prolongement visuel et physique des personnages.
Lui porte plusieurs couches de vêtements mal assortis, mal ajustés : cela dit quelque chose de lui, de sa difficulté à « rentrer dans les cases ».
Elle, au contraire, porte un imperméable, une forme de protection. Il y a plusieurs situations qui ne semblent pas l'atteindre émotionnellement ; elle réagit de manière très neutre.
Elle paraît imperméable au monde, pourtant, dans la pièce, l'eau la touche : ce paradoxe m'intéresse.
Les mouvements ne sont pas fluides non plus dans cet imperméable : il rigidifie sa gestuelle, la rend tendue, presque contrainte. Ces choix aident aussi les comédien·nes : ils éprouvent physiquement leurs personnages. Elle parle fort, lui bouge très vite : cette tension les habite et leur donne très chaud tout au long du spectacle.
Propos recueillis par Pauline Bertho et Julien Deffarges, étudiant·es en Master MCEI (Médiation Culturelle et Interculturelle).
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