TITRE DU SPECTACLE; Une tragédie en III actes
Mise en scène : Jeanne Bodelet, Nina Brun et Ambre Munié Louisor
par la Compagnie À Mes Joies Brèves
SUPDEPROD
Date : Vendredi 28 novembre 2025
Horaires : 20h30 - 21h45
Lieu : Théâtre Bernard-Marie Koltès
Durée : 1h15
Discipline : Théâtre
© Igor Kov
Mise en scène : Jeanne Bodelet, Nina Brun et Ambre Munié Louisor
Texte : Ambre Munié Louisor
Avec : Ambre Munié Louisor et Jeanne Bodelet
Création musicale : Maxence Vandevelde
Aide à la dramaturgie et à la mise en scène : Nina Brun
Deux jeunes filles pensionnaires dans l'Angleterre profonde et froide.
La veille de la remise du diplôme, l’une dit : Après la remise du diplôme nous ne serons plus dans la même chambre. Plus jamais.
La peur d’être séparées et de voir leur amitié mourir, elles font ce pacte : à la vie, à la mort.
Cette nuit-là c'est la dernière,
Je ne veux pas entendre parler de départ,
De départ forcé,
Vers des villes nouvelles,
Qui de toute évidence ne m'attirent pas
Car rien n'est attirant quand je l'imagine loin de toi.
NOUS SOMMES DESTINÉES À ÊTRE SÉPARÉES.
Parce que le monde hait l'amitié et l'alliance.
Elles se serrent l'une contre l'autre. Une voix retentit dans le couloir. « Les filles, les filles vous faites quoi ? »
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Entretien
Nous avons rencontré Ambre Munié Louisor et Nina Brun-Bordagaray, créatrices et interprètes de cette pièce. Ensemble, elles reviennent sur le processus de création, leurs inspirations et les thématiques qui traversent leur spectacle, oscillant entre humour et tragédie.
« Ce spectacle est né de nos propres obstacles, anecdotes, et galères »
Pouvez-vous nous raconter le processus de création de cette pièce : par quelles étapes êtes-vous passées, de l'idée initiale à la version finale ?
Tout est parti d'un désir simple : créer un spectacle à deux. Étudiantes au conservatoire, nous rêvions depuis longtemps de partager la scène. Les premiers pas se sont faits autour de textes de Jacques Rebotier, comme Litanie du Désamour. La rencontre avec Rebotier, loin de confirmer notre démarche, a plutôt agi comme un déclencheur : il devenait clair que nous devions écrire notre propre texte.
Cette pièce est née d'une déception, mais aussi d'une nécessité d'inventer notre propre voix. C'est avec la constitution du trio actuel que la pièce a trouvé sa véritable forme, s'affinant au fil de résidences, de festivals et de rencontres avec une première forme différente de celle-ci.
À travers cette pièce, sur quels sujets vous êtes-vous penchées ?
Notre point de départ est l'amitié entre deux femmes. La pièce parle avant tout du lien féminin, dans ce qu'il a d'invisible et de nécessaire. Pas l'amour, mais cette affection profonde, intense, qui paraît évidente dans la vie, mais reste étonnamment peu représentée au théâtre. Elle suffit à porter l'intrigue et, par sa seule présence, elle devient déjà un geste féministe. Non pas par revendication directe, mais parce que deux femmes qui occupent la scène, qui rient, qui crient, qui frôlent l'excès, qui s'autorisent l'absurde et l'humour, déplacent d'elles-mêmes les codes. Notre postulat de base est d'être toutes les deux, seules sur scène. L'isolement sur scène de ces deux seuls personnages se prêtait bien à les montrer, elles, contre le reste du monde, dont le but est de les séparer. Personne d'autre que nous, n'apparaît sur le plateau... sauf à la fin. Toutefois, les interprétations sont libres à chacun.
Qu'apportent les jeux de lumières et la composition musicale dans votre jeu ? Concernant le décor choisi, que symbolise-t-il ?
Nous avons choisi une scénographie épurée : un plateau nu, quelques gaffeurs au sol pour dessiner des espaces symboliques afin de laisser toute la place au jeu des corps et des voix. Elle crée une sorte de cartographie mentale, à la manière de Dogville. Pour nous, cela participe à cet aspect absurde.
Les lumières, elles, dessinent des passages, des frontières invisibles. Elles permettent d'ouvrir et de fermer des espaces, et de faire basculer l'atmosphère.
Pour ce qui est de la musique, l'arrivée d'un musicien, qui compose et joue en direct, a transformé le spectacle. La bande sonore originale crée une vraie identité musicale. L'ensemble compose une esthétique volontairement sobre, où chaque élément (son, lumière, espace) dialogue pour amplifier la parole et le geste.
Qui se reconnaîtra à travers ce spectacle ?
Le réel intègre sans cesse notre écriture, mais la transforme et la déplace. Ce spectacle est né de nos propres obstacles, anecdotes, et galères.
Nous pensons donc que la pièce s'adresse d'abord à une jeunesse qui hésite, qui doute, qui n'ose pas se lancer. À travers cette pièce, nous voulons transmettre une énergie de création : l'idée que l'on peut inventer, malgré les difficultés, malgré les refus que nous-mêmes avons pu vivre. Nous aimerions que le spectateur sorte de la salle avec ce désir de faire, cette conviction : « moi aussi, je peux ».
Votre pièce s'intitule TITRE DU SPECTACLE; une tragédie en III actes, un titre très descriptif et à la fois très flou : pourquoi avoir choisi ce titre ?
Le titre joue à la fois avec la tragédie et l'absurde. Nous avons toujours eu le goût de l'absurde, de l'humour décalé, et ce choix nous permettait de poser d'emblée ce mélange. Quant aux « III actes », ils reflètent la structure du spectacle : d'abord l'amitié fondatrice, puis un temps consacré à l'une, enfin un temps consacré à l'autre. Ce titre nous amuse autant qu'il brouille les pistes : il dit quelque chose du contenu sans rien révéler vraiment.
Propos recueillis par Tiffany Rodrigues et Gaspard de Fondclair, étudiant·es en Master MCEI (Médiation Culturelle et Interculturelle).
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