1001 ventres

Nanterre sur scène - Festival des arts de la scène - 1001 ventres

Olivier Quéro

Il n’y a jamais de point de départ défini pour raconter une histoire, juste des images obsédantes, pour des raisons qu’on ignore parfois (et voilà ce qui aiguise l’obsession). Le récit, on l’abandonne, on se dit qu’on y retournera, et parfois c’est lui qui ressurgit sous la forme d’une vague, d’une image, d’un événement frappant, d’un geste. Parfois, en racontant l’histoire, on réalise qu’on n’en distingue que les contours. On en fabrique des versions, on en fait un spectacle. On réalise qu’il n’y a pas de point de départ et de point d’arrivée. On accepte de divaguer. Puis on tombe sur d’autres petites histoires. Voila à quoi ressemble notre travail, mais aussi l’histoire de la traduction des Mille et une nuits.

Je dois pourtant dire que ce sont mes yeux, mon regard, qui ont vu ce que j’ai cru décrire. Mes oreilles entendu. Je vivais un rêve duquel je deviens le maître aujourd’hui, en reconstituant les images qu’on lit, en les assemblant. Dans le matin, sans le souci de la mort partout à l’affût (je parle de la mort des chanteurs, des guerriers artistes dont les corps risquaient d’être décomposés par le soleil de midi), j’avais entendu une grande formation musicale improvisée sur des sentiers de montagne dans le danger. Un orchestre et des chœurs d’hommes et de femmes exécutaient un Requiem.

Jean Genet, Quatre heures à Chatila