Émilienne d’Alençon
Mise en scène : Élise Prevost
par la Mnémosyne Cie
Université Paris Nanterre
Date : Mercredi 26 novembre 2025
Horaires : 20h30 - 21h40
Lieu : Théâtre Bernard-Marie Koltès
Durée : 1h10
Discipline : Théâtre
© Samuel Chasseur
Écriture et mise en scène : Élise Prevost
Avec : Mathilde Ardant, Constance Bascou, Léone Feret Gracia, Heloise Ghaleh-Marzban et Elisa Libri
Chorégraphie : Jeanne Lacombe
Costumes : Eugénie Debrosse
Née en 1870, Émilienne d’Alençon commence comme dresseuse de lapins avant de devenir une figure connue des Folies Bergère. Courtisane, actrice et poétesse, elle côtoie Coco Chanel, Renée Vivien, Liane de Pougy, Proust ou encore Jean Cocteau. Elle inspire Georges Feydeau et participe à l’essor du star system naissant. Ses poèmes abordent son époque, la fête, la guerre et ses amours saphiques. Après la 1re guerre mondiale, elle disparaît progressivement de la scène publique et meurt en 1945 dans l’oubli.
Sur scène, cinq comédiennes composent un récit collectif : l’une joue Émilienne, les autres incarnent ses proches et ses témoins. Les voix se croisent, mêlant biographie et écriture poétique. La danse occupe une place centrale pour traduire ses élans et ses épreuves, tandis que les costumes, inspirés de la Belle Époque puis déconstruits, créent un lien avec aujourd’hui. En associant théâtre, poésie, danse et chant, la Compagnie Mnémosyne fait entendre la parole d’une femme dont les écrits et la trajectoire posent des questions encore actuelles sur la mémoire, la liberté et la visibilité des autrices.
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Entretien
La metteuse en scène Élise Prevost revient sur le processus de création de son spectacle Émilienne d'Alençon. Par une approche documentaire et un travail d'archives, la compagnie Mnémosyne met en scène la vie de la poétesse oubliée. Nous avons échangé avec Élise Prevost sur la nécessité de créer une mémoire des femmes, sur la place de la poésie au théâtre et l'importance d'Émilienne à la Belle Époque.
Vous dites « Je voulais lire des poèmes de femmes sur les femmes », pourquoi avez-vous choisi Émilienne d'Alençon ?
J'avais vraiment envie de lire des poèmes d'amour lesbien. Je suis tombée sur un blog où il y avait les vers de la fin du poème Courtisane : « J'entraîne vers sa loi, le cortège des femmes ». Cette phrase est incroyable, et m'a amenée à lire une biographie écrite par Carole Wrona sur Émilienne d'Alençon, de même que son recueil de poèmes Sous le Masque. Ce que j'y ai découvert m'a transcendée. J'ai un attrait assez fort pour la poésie de cette époque-là et ici c'était d'une grande qualité. J'ai ressenti le besoin de transposer cette poésie à la scène, au théâtre, là où Émilienne a passé une grande partie de sa vie.
D'autres figures féminines - La Belle Otero, Renée Viven ou bien Coco Chanel - apparaissent dans la pièce. Comment avez-vous identifié ces personnes et leur importance dans la vie d'Émilienne ?
Émilienne d'Alençon a donné plusieurs entretiens à la fin de sa vie qui m'ont beaucoup aidée à identifier ces personnes. J'ai sélectionné les personnages les plus importants, les plus susceptibles de résonner avec notre époque contemporaine.
Le spectacle repose sur les discours de femmes sur d'autres femmes. Pensez-vous pour autant qu'il aborde des problématiques féministes ?
La pièce aborde particulièrement la question du matrimoine et de la place des femmes dans la mémoire collective. Je désirais que le public arrive en se disant qu'il allait voir un spectacle sur une femme et qu'il reparte en connaissant sa vie, en ayant eu un échantillon de sa poésie. Ça en soi, c'est féministe. Ce qui est important c'est d'interroger la manière dont on pose notre regard sur un personnage, sur une œuvre. En tant que metteuse en scène, on pose notre regard et on oriente celui du spectateur.
La pièce est riche à la fois de musique, de chants, de danses et de poésie. Comment ces domaines se sont rencontrés sur le plateau lorsqu'il a fallu travailler en équipe ? Est-ce que certains aspects sont apparus comme des évidences ?
La poésie est venue dès le début. Pour moi, c'était important de réunir des gens et une équipe que j'admire : c'est le cas de la chorégraphe et des comédiennes. Parmi ces comédiennes, trois sont chanteuses. Et le fait de mettre en chanson la poésie d'Émilienne d'Alençon permettait de la rendre contemporaine. On avait un peu peur au début de mettre la poésie au cœur du spectacle. C'est lors de la première représentation que nous nous sommes aperçues que cette peur était infondée, mais également qu'une partie du public demandait encore plus de poèmes.
Quelles ont été vos références iconographiques pour le spectacle ?
Nous nous sommes beaucoup inspirées de l'art nouveau, que ce soit les images d'archives ou bien les illustrations des entretiens d'Émilienne d'Alençon de l'époque. On a travaillé la pièce par tableaux, il y a notamment une scène où Émilienne se drogue qui fait écho à des tableaux et photographies de femmes dans des fumeries d'opium.
Il y a une forte influence du théâtre documentaire mais aussi du théâtre qui parle d'histoire. Je pense aux créations de Pauline Bayle avec l'Iliade, de Sylvain Creuzevault avec Edelweiss [France Fascime] et, sur l'aspect esthétique, de Rébecca Chaillon avec Carte noire nommée désir. Ces trois spectacles ont été des sources d'inspiration plus contemporaines que les archives.
Il y a un véritable travail sur les lumières, sur les couleurs dans la mise en scène allant du blanc à des couleurs plus vives et contrastées. Comment habitez-vous ce contraste sur scène ?
Émilienne d'Alençon a été connue au Cirque d'été. Un endroit où l'on trouve une explosion de couleurs, de sensations. Sur notre scène, on crée un contraste entre l'intimité du blanc des sous-vêtements et l'inspiration un peu pop de la création lumière. Les lumières permettent de déjouer l'unité de temps et de lieu que le théâtre impose, elles façonnent ces endroits fantasmés.
Nous avons décidé d'utiliser d'immenses tissus, de trois matières différentes, de la tulle à la soie, et de les placer progressivement au plateau. Ces tissus disposés avant le début du spectacle, pendant l'entrée publique invitent les spectateurs à se joindre à la préparation du rituel de résurrection d'Émilienne d'Alençon qui s'apprête à se jouer. Ces tissus noués par les comédiennes, au plateau, incarnent le fil de l'histoire qui s'apprête à être tissé devant le spectateur, fil d'une histoire à la mémoire trouée qu'elles s'apprêtent à rapiécer. Au plateau, ils évoquent le lit à baldaquin de la courtisane, les draps de l'amante, les pendrillons de théâtre de la comédienne.
La pièce est traversée de références historiques, notamment par le biais des costumes. Comment avez-vous travaillé ceux-ci ?
C'est Eugénie Debrosse, la costumière, qui s'est inspirée des formes et de la couleur des sous-vêtements blancs de la Belle Époque, que l'on a ensuite déstructurés pour créer des costumes avec de la dentelle, des amas de matières, des tissus qui pendent... À l'exception d'Émilienne, les comédiennes incarnent plusieurs figures de sa vie. Il fallait que ces changements de rôles soient clairs. Les costumes sont devenus une partie importante de la scénographie, notamment par leur installation sur des poulies que les comédiennes actionnent. Il y a un aspect ostentatoire à ce qu'elles changent de personnages sur scène.
Il y a plusieurs moments de chants dans la pièce, tel un chœur au temps des Grecs. Comment avez-vous travaillé cette partition ?
La question de la choralité a été au cœur de notre travail et pas seulement sur le chœur, les cinq comédiennes, toujours au plateau, portent cette histoire : l'une incarne Émilienne, les autres deviennent les figures de son entourage, dans un jeu choral, où les identités, les voix se croisent. J'avais exprimé l'envie de mettre en chanson au moins un des poèmes. Je souhaitais un chant qui soit militant et donc que la rengaine soit entêtante. Avec ces comédiennes-chanteuses, dès que cette idée de mettre en chanson les poèmes a été amenée, la mélodie et les accords sont nés très vite.
Propos recueillis par Eitan Inostroza et Inès Dilmamode, étudiant·es en Master MCEI (Médiation Culturelle et Interculturelle).
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